Le temps, l’espace et l’éléphant

Une détonante exposition sur le concept espace/temps se déroule au Palais de Tokyo à Paris durant l’été. Faute de soleil, James et moi y avons passé une bonne aprés-midi, alternant la visite avec des pauses-patio où le spectacle d’acrobaties a la Tony Hawk de surfers en herbe nous rafraichissait des débats aesthetico-intellectuels du collectif de Superdome. Pour nous mettre en oreille, une mitrailleuse à bouteille en verre, installée à l’intérieur d’un court grillagé, détonnait de tout son soul en lancant, a pres de 600 km/h, ses projectiles sur un mur placé à une quinzaine de mètres. C’est l’attente anxieuse de la détonation, l’anticipation du choc et de son intensité sonore qui font pour moi toute l’oeuvre de Arcangelo Sassolino, qui nous crache à la gueule toutes nos limites et nos faiblesses humaines, nos exigences et nos caprices, nos taux d’attention de plus en plus faibles: je m’étais assise par terre, lasse de rester posée le nez à travers le grillage et les yeux fixés sur l’objet de ma curiosité. La concentration m’évadait, se promenait dans les recoins du palais ou s’immiscait dans les conversations voisines à mesure que les aiguilles passaient. Quelques quinzaines de minutes aprés (ou était-ce seulement cinq, dix?) tout mon corps se crispa sous la puissance de la détonation et je bouchai mes oreilles d’un mouvement brusque, mes tympans et tout mon corps ébranlés par les vibrations. Le sol autour de la cible à l’autre extremité s’était recouvert de minuscules morceaux de verres pilés, une mosaique qui s’étalait, étrangement, au dela de la baie vitrée de protection, comme si les jets de verres étaient passés au travers par quelque puissance maléfique. Je surpris l’agent de securité à examiner l’effet sournois, balayant du pied une pépite plus grosse que les autres avant de s’éloigner en haussant des épaules. Un trouble nauséeux vint me pertuber les entrailles, des images de films en noir et blanc parlant d’horreur de guerre, de camps de détention passèrent devant mes yeux. Menacant mon intégrité corporelle et émotionnelle, je contournais la mitrailleuse en la gardant dans mon champ de mire, et, redoutant une autre explosion imminente, je m’en éloignais furtivement.

La salle d’à coté était emplie d’un calme froid: en son milieu se tenait un éléphant de taille adulte en equilibre sur sa trompe, quelques personnes gravitaient autour et semblaient craindre de s’en approcher de trop prés. James, lui, s’y frola l’épaule pour la pose-photo. D’apres des calculs scientifiques, Daniel Firmin a décreté qu’un éléphant pourrait ainsi faire son morceau d’équilibrisme s’il se trouvait à quelques 18000 km de la terre. Wursa (A 18000 km de la Terre) , comme les oeuvres récentes de Firmin telles que Bubble Series, interroge le corps et l’espace, les possibilités gestuelles et les métamorphoses du soi dans l’imaginaire tout en restant les pieds (ou la trompe) sur terre. Contrastant avec l’éléphant de Nicolas Deveaux dans 7 tonnes 2 qui préfère s’envoyer en l’air dans l’espace virtuel, Firman réalise une sculpture hyperréaliste qui éclate l’hypothèse scientifique et nous fait sentir de trés prés l’impossible.

Les conceptions simples et de circonstance de Jonathan Monk, un peu dépassées par le temps, comme The Odd Couple (French Version), où deux vieilles horloges, une grande et une moins grande, se font face à face, prètes à danser le menuet ou encore cette paire de talkies-walkies qui n’arrètent pas de Sending and Receiving Receiving and Sending, nous ont tellement charmé que James et moi décidèrent d’aller visiter leurs autres moitiés, en face, au Musée d’art moderne de la ville de Paris. Time between Spaces est une double exposition, qui met en reflet les choses et leur dualité, le paradoxe de leur difference et leur complimentarité. Monk nous fait apprécier les choses différemment, à la fois dans le moment et dans l’espace et joue avec l’idée de synchronicité – un concept plutôt relatif à en juger par ses experiences. Les horloges de Odd Couple, synchronisées au début de l’exposition, indiquaient maintenant presque 3 heures de retard – ou d’avance? 3 heures ou etait-ce 15? De qui de la petite ou de la grande apprenai-je mon heure à venir? Une amie m’avouait l’autre jour entrer constamment en symbiose avec son réveil matin et avec l’heure digitale de la cuisinière. A chaque fois que sa conscience se pose sur un cadran horaire, les chiffres se dédoublent et semblent lui envoyer des signes. Synchro magique avec les aiguilles du temps. Monk lui, émet des hypothèses sur l’heure de la lune, qui serait celle de Houston, Texas, d’où la mission Apollo s’est envolée pour se poser sur le sol lunaire. Tiens, ca me fait penser qu’il serait enfin temps de nous mettre à l’heure d’été…

Superdome au Palais de Tokyo jusqu’au 24 aout.

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~ by lavivette on June 24, 2008.

One Response to “Le temps, l’espace et l’éléphant”

  1. Qu’ils se concentrent sur un pachyderme se tenant sur le bout de sa trompe. C’est plus fiable…. Parce que les missions lunaires habitées… on a compris, allez…

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/15/le-canular-de-la-conquete-de-la-lune/

    Allez… allez…
    Paul Laurendeau

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