Femmes libérées

Chantal Akerman room 1

L’exposition de Chantal Akerman au Camden Arts Centre se compose d’installations et de projections empreintes d’une grande sensibilité féminine – digne de celle qui s’est infiltrée – et imposée – dans le cinéma français de l’aprés-nouvelle vague, durant la décennie décisive du féminisme. Dans la première salle, des mots sont projetés sur de grands écrans qui ondulent au centre de la pièce. On s’y promène, la tête dans des nuages de pensées qui se forment, s’accumulent et soudain disparaissent pour ne laisser qu’une lumière blanche et aveuglante nous transpercer les yeux et le corps. Basés sur des extraits du journal de la grand-mère de Chantal, qui a vécu les camps de la mort en Pologne durant la deuxième guerre mondiale, les mots touchent, fragiles et intimes souvenirs, caressent le visage et s’impriment au fond du coeur. Dans le film de la deuxième salle, la caméra est fixée sur Chantal et sa mère qui se souvient des camps, des prisonniers français qui viennent la libérer en 45. Chantal lui fait déchiffrer une page du journal de grand-mère. Emue, elle bredouille des mots en polonais, s’embrouille dans les dates et s’aperçois qu’elle aussi a laissé des traces dans ce ‘trésor’ familial que Chantal a redécouvert en fouinant dans un tiroir. Trois générations de femmes nous parlent. Chantal et sa mère s’embrassent. La mémoire flanche, les souvenirs s’effritent mais les émotions restent. Le téléphone sonne, Chantal quitte le salon et laisse sa mère tourner les pages, absorbée, absente. Il ne reste que nous, le spectateur, notre conscience et nos souvenirs à nous.

La salle suivante est d’un ton plus léger: des femmes, belles, sombres et sensuelles, fument. Sous la pluie, dans la pénombre, en gros plan, on suit la fumée qui s’échappe de leur lèvres, et on s’émeut de cet érotisme voilé qui se dégage d’elles et de leur cigarette. L’envie me prend d’en griller une, de sentir le filtre mouillé entre mes lèvres et de l’allumer d’un brusque coup de zippo. Ce geste exhale en lui seul des images et des émotions melées au plus profond, reminiscents des films de ma jeunesse et de mon propre vécu, suscitant les souvenirs et le désir de les revivre, ou au contraire de les enfouir encore plus au fond.

Je passe en coup de vent dans la quatrième salle car la gallerie ferme ses portes. J’ai le temps d’apercevoir un ascenseur au bout d’un couloir, qui s’ouvre et se referme sur des plans vides, et de rares silhouettes parfois, qui disparaissent brusquement. Des lumières flashent, et je me surprends m’absorber dans leur jeu de va-et-vient. Ce film experimental traine en longueur et n’a pas l’esthétique des long-métrages de Akerman, tels que La Captive ou de Je, tu, il, elle, qui se regardent comme on admire des tableaux. Malgré ça, on sent la sensibilité du cinéaste qui se pose sur des choses et reste là, pendant des minutes entières, à observer et ressentir le moment.

Chantal Akerman au Camden Arts Centre jusqu’au 14 Septembre.

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~ by lavivette on July 28, 2008.

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