Des Dieux et des Hommes (Of Gods and Men)

Retour sur image – nous sommes le 20 septembre 2010. La campagne autour de Balleure, le village de ma grand-mère étalant ces quelques maisons dans la contrée clunisienne, est encore baignée d’une douce lumière de fin d’aprés-midi. Sous ces dehors paisibles, la tempête couve dans l’ignorance et l’hypocrisie générale. Je suis allée au cinéma pour calmer l’agitation colèreuse qui bouillait dans mes veines et me donnait des brûlures d’estomac depuis ce matin. Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois est à recommander à la gente balleurienne, à Jean, Joseph et Janine, à tous les racistes et anti-islamistes du coin, enfin à tout le monde, croyant ou pas, français ou algérien, américain ou belge. Puisqu’il s’agit moins de religion que de foi, d’amour et de haine, et de l’incroyable folie humaine, quelque soit son visage. ‘Je deviens fou’ dit l’un des moines trappistes, mort de trouille sous la menace latente du GIA (Groupe Islamiste Armé), et Lambert Wilson de répondre: ‘mais il était déjà fou de devenir prêtre!’. Portraits filmés en gros plan de ces moines réclus, sur fond panoramique de l’Atlas décliné sous les lumières des quatres saisons. Dans une des dernières scènes, qui ressemble à la cène, ils sont beaux comme des dieux qui laissent échapper des sourires et des larmes d’hommes. On dirait qu’ils prennent un trip: l’un deux apporte 2 bouteilles de vin et met Le Lac des Cignes de Tchaikovsky, et alors la cérémonie commence. Ils ne parlent pas, ils se sourient, ils échangent des regards de connivence, ils boivent un peu, ils communient, ils s’aiment. En quelques minutes, ils passent de la joie triomphale de vivre ensemble, à la peur de la mort qui prend aux tripes, qui rend humble et sombre, et pourtant les yeux brillants, ils s’envoient en l’air, au seuil de la connaissance, de la renaissance. Et l’autre, cet ange épuré, dénué de chair et de peau humaine souffle déjà l’espoir de la délivrance… C’est certain, ils sont en plein trip, le leur est de marcher dans les pas de Jésus, de vivre la Passion, le sacrifice ultime pour leur dieu et le reste de l’humanité. Ah folie passionnelle, quand tu m’entraines… Je pleure, j’ai le ventre noué, les machoires me font mal, j’expire longuement… me laissant emporter par ce sentiment d’extase, je revois papa pleurer dans mes bras cet été, maman rire de joie avec les écureuils dans Hyde Park, Manu, Gégé et moi communiant avec nos djembés sous la pluie, et le regard de James aprés un de ces coups de gueule sans espoir qui nous portent à bout et nous laissent pantois.

Le frère Luc, médecin asthmatique, est fatigué de ses 150 consultations par jour. Pourtant, il affirme au prieur de pas avoir peur des terroristes, ne pas avoir peur de la mort. ‘Je suis un homme libre’. Camus disait que tous les gens se croyaient libres – de circuler, de converser, mais qu’on ne pouvait pas être libre tant qu’il y aurait des fléaux. Des fléaux contagieux comme la peste, qui se répand par gènes et côtoiments physiques, et des fléaux comme la guerre, qui s’étale misérablement de par les mèmes, mèmes de nos religions et idéologies à la con.

Des dieux et des hommes (Of Gods and Men) de Xavier Beauvois – sortie en salle en Angleterre fin décembre 2010

Advertisements

~ by lavivette on December 31, 2010.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

 
%d bloggers like this: