Sensing words / Les mots des senses

Je me souviens qu’un jour de voyage, de la fenêtre du wagon, je m’efforçais d’extraire des impressions du paysage qui passait devant moi. J’écrivais tout en voyant passer le petit cimetière de campagne, je notais des barres lumineuses de soleil sur les arbres, les fleurs du chemin pareilles à celles du Lys dans la Vallée. Depuis, souvent j’essayais, en repensant à ces arbres rayés de lumière, à ce cimetière de village, d’évoquer cette journée, j’entends cette journée elle-même, et non son froid fantôme. Jamais je n’y parvenais et je désespérais d’y réussir, quand l’autre jour, en déjeunant, je laissai tomber ma cuiller sur mon assiette. Et il se produisit alors exactement le même son que celui du marteau des aiguilleurs qui frappaient ce jour-là les roues du train dans les arrêts. À la même minute, l’heure brûlante et aveuglée où ce bruit tintait revécut pour moi, et toute cette journée dans sa poésie, d’où s’exceptaient seulement, acquis par l’observation voulue et perdus pour la résurrection poétique, le cimetière du village, les arbres rayés de lumière et les fleurs balzaciennes du chemin.

Marcel Proust, Projet de Préface du Contre Sainte Beuve

—–

A la recherche de l’harmonie sans l’éloquence… or the recognition of the limit of the spoken word for harmonious communication.

Dans la préface de Etre Deux, Luce Irigaray fait l’éloge de l’air qui nous entoure : la densité fluide, invisible et indivisible, vitale à la croissance et au partage.

“Les plantes co-existent sans difficulté. Et nous ? Comment nous partageons-nous l’air ? … Les paroles peuvent-elles sauvegarder la nourriture qu’elle donne ? Véhiculent-elles le même air ou un autre ? Ce dernier convient-il à la vie ?

– et, si tu te tais, cela ne signifie-t-il pas que les paroles te manquent ? Et si tu chantes, ne serait-ce pas parce qu’il y a plus d’air dans le chant – en deçà et au-delà des mots ?

Existent ton silence et mon recueillement. Mais existe aussi le silence presque absolu du commencement du monde. Dans un semblable suspens, avant tout dire sur la terre, plane une nuée, un air presque immobile. L’univers végétal respire déjà, et nous peut-être sommes-nous à nous demander comment parler, comment nous parler, sans lui ôter le souffle.”

—–

In the preface of Etre Deux, Luce Irigaray celebrates air as the undivided and invisible, fluid density that is the prerequisite for growth and sharing.

“If plants co-exist without difficulty, what about humans? How do we share the air surrounding us, between us? …How do we communicate without breaking the fragile envelop that nourishes us in our state of contemplative unity? Do our words carry the same air or a different one? Is this air good for life?

– and if you remain silent, doesn’t that mean that you are short of words? and if you sing, could it be that there is more air in a song – beyond words?

Your silence and my contemplation co-exist. What also exists is the almost absolute silence of the beginning of the world. In an equal measure, before everything is said, a dense cloud of air, almost immobile, floats on earth. The vegetal universe breathes already, and we, maybe, are wondering how to speak, how to speak to each other, without suffocating it.” [my translation]

—–

Montaigne says he understands people “by their silence and their smiles’

—–

Entendre et écouter font se retrouver l’homme dans ce menaçant chaos du monde.
Mais l’expérience du monde se présente aussi entièrement changée. Le menaçant chaos du monde se trouve alors tellement domestiqué que la volonté de cette domestication est devenue le menaçant chaos de l’homme.

The act of hearing repeatedly exposes the human to the threatening chaos of the world. But our experience of the world has altered greatly. The threatening chaos of the world has become domesticated to the extent that the desire for such domestication has become our own threatening chaos.

La musique du silence ou le ‘sonner’ du monde

—–

The word ‘silent’ is an anagram of ‘listen’

—–

City stir – wind on eardrum – dancewind: herbstained – flowerstained – silken – rustling – tripping – swishing – frolicking – courtesing – careening – brushing – flowing – lying down – bending – teasing – kissing: treearms  – grass – limbs – lips – City stir on eardrum – In night lonely peers – : moon – riding! pale – with beauty aghast – too exalted to share! in space blue – rides she away from mine chest – illumined strangely – appalling sister!

Appalling Heart, Baroness Elsa

—–

Getting drunk on the words I sip.

Advertisements

One Response to “Sensing words / Les mots des senses”

  1. Getting drunk on the words I sip.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

 
%d bloggers like this: